Le jour de la Pentecôte, un grand vacarme retentit dans un quartier de la ville. Les étrangers qui habitent Jérusalem accourent pour voir. Des disciples haranguent la foule; ô stupeur, ils parlent à chacun avec les mots de son enfance. Tous sont rejoints au plus intime d’eux-mêmes. Les Galiléens qui annoncent et les étrangers qui écoutent sont comme des amis de longue date ! Il n’y a plus ni Juifs, ni Mèdes, ni Parthes … Il n’y a qu’une sainte et grande espérance humaine.

Pentecôte ! Chute des murailles et des divisions ! En ce jour étonnant, le plus lointain a la voix de son père et de sa mère; du fond de la maison, il me hèle afin que nous nous mettions à table, pour le partage fondamental du pain et des paroles. Cette toujours neuve fête crie la vérité glorieuse et oubliée: nous sommes tous galiléens, pétris avec cette terre-là, en proie aux mêmes besoins et aux mêmes soucis, avec les mêmes yeux levés vers la candeur des cieux, et les mêmes battements précipités de notre coeur quand nous surprenons la grâce du monde ou nous effarons de ses détresses.

Les disciples, à Jérusalem, parlent notre première langue, celle qui se murmurait doucement autour de nos berceaux. Ecoutons: c’est l’espéranto de l’amour.

Texte de France Quéré tiré de son livre « Le sel et le vent » (1995) et lu lors du culte à l’église de Saint-Sulpice le dimanche de Pentecôte 23 mai 2021.

France Quéré (1936-1995), théologienne protestante française est écrivaine, docteur honoris causa de l’Université de Neuchâtel.